black mountain à cadenet : première session d'été de la campagne saint-jean


5 juillet 2014

La première des sessions d’été de la campagne Saint-Jean, “décentrement” du Café Poésie initié par Martine Pringuet à Cavaillon avec la complicité de Marcelle Capiaumont – qui préside aux destinées de la belle librairie Le Lézard amoureux –, a été intégralement consacrée aux poètes du Black Mountain College en prolongement de Black Mountain College. Art, démocratie, utopie, l’ouvrage collectif publié peu auparavant dans la collection « Arts contemporains » des Presses universitaires de Rennes (http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=3437). Christian Tarting, l’un des protagonistes principaux de ce livre – le tout premier paru en langue française sur le College –, a pour l’occasion longuement situé les poètes de cette grande utopie artistique, pédagogique et politique au sein de la poésie et de la philosophie américaines dont il a rappelé les racines et lignes de force transcendantalistes et pragmatistes, d’Emerson et Thoreau à Charles Ives, de Peirce à Dewey (voie rapide). Présentations et lectures bilingues (Danièle Robert pour l’anglais) du précurseur William Carlos Williams (traduit par Jacques Darras), de Charles Olson (traduit par Jacques Roubaud, mais aussi par Danièle Robert), de Robert Creeley (dans des traductions de Danièle Robert, de Jean Daive puis de Stéphane Bouquet), de Robert Duncan (traduit par Serge Fauchereau), de Denise Levertov (traduite, et remarquablement, par Claude Roy), de la grande et trop méconnue Helda Morley (traduite pour la première et unique fois dans Action poétique, en 2011, par Patrick Beurard-Valdoye et Séverine Daucourt-Fridriksson), de Paul Blackburn (de nouveau dans des traductions de Jacques Roubaud) et puis de Larry Eigner, en l’occurrence dans une traduction de Joseph Guglielmi (dont Christian Tarting s’est plu à rappeler qu’il fut, en 1973, le tout premier traducteur de la poésie de Paul Auster en France). Comme toujours à la campagne Saint-Jean, la bande-son fut très présente. À l’honneur, le bassiste et compositeur Steve Swallow et (bien sûr) Robert Creeley. Pour commencer, « Some Echoes », un extrait du mythique Home que Swallow donna en septembre 1979 à ECM (Sheila Jordan chantant Creeley, Dave Liebman au saxophone soprano, Steve Kuhn au piano, Swallow à la basse électrique, Lyle Mays au synthétiseur et Bob Moses à la batterie). Pour finir, Swallow et Creeley dans des extraits de So There : « Oh No », « Names », « Here Again », « Ambition », « Indians » (Swallow, Creeley, Steve Kuhn et le Cikada Quartet, ECM,  27 & 28 août 2005). Creeley est mort le 30 mars 2005. Le disque de Steve Swallow a été réalisé à partir de l’enregistrement d’une lecture que son ami a donnée le 25 août 2001 à New York.



pierre parlant, christian tarting et la foi dans le sud


7 juin 2014

Le samedi 7 juin 2014 à sept heures le soir, à la librairie L'Odeur du temps (35, rue Pavillon, 13001 Marseille ; 04 91 54 81 56 ; lib.temps@free.fr), Pierre Parlant lira des extraits de son dernier livre, Les Courtes Habitudes. Nietzsche à Nice (Nous, "Antiphilosophique collection", 112 pages, 12 € ) ; Christian Tarting lira quant à lui Il salto en son entier et des extraits d'un travail en cours, Contresujets (moments critiques). Les Courtes Habitudes, Il salto : deux manières complices de dire la foi dans le Sud.



jean-pierre cometti, éric giraud et al.


15 mars 2014

Parution dans la collection « Arts contemporains », dirigée par Christophe Viart, Emmanuelle Chérel et Bernard Guelton aux Presses universitaires de Rennes, de Black Mountain College. Art, démocratie, utopie, un volume collectif dirigé par Jean-Pierre Cometti et Éric Giraud. Créé en 1933 par John Rice dans le contexte de la Grande Dépression, le Black Mountain College a été le théâtre d’une expérience sans précédent sur le plan artistique, éducatif, politique. Le contexte intellectuel dans lequel cette expérience a vu le jour, la contribution des artistes, enseignants et étudiants que le College a accueilli durant plus de vingt ans, la liberté qui en a constitué le nerf sont à la source des aspects les plus novateurs qui se sont propagés dans le champ artistique avant et après la Seconde Guerre mondiale. Les études qui composent ce volume visent à leur donner l’attention et le relief dont ils ont été souvent privés et à mettre ainsi en lumière l’utopie fondatrice dont le Black Mountain College s’est exceptionnellement nourri. L’ouvrage, qui offre une abondante iconographie, inédite en France – où il est le premier à paraître sur le College –, se compose des textes suivants : « Le courage de l’expérience », par Joëlle Zask ; « Black Mountain College et l’avant-garde américaine avant et après la Seconde Guerre mondiale », par Jean-Pierre Cometti ; « Des faits du BMC : lieux, contextes et administration du Black Mountain College », par Éric Giraud ; « John Cage et l’héritage du Bauhaus au Black Mountain College ou “comment se débarrasser de la choucroute” », par Judith Delfiner ; « Se taire est un récit » (sur 4’ 33’’), par Christian Tarting ; « Les White Paintings de Rauschenberg », par Éric Mangion ; « The Black Mountain Review : un non lieu mythique », par Rachel Stella ; « Black Mountain, un mythe à facettes », par Arnaud Labelle-Rojoux ; « Passage à l’acte », par Jean-Pierre Cometti et Christian Tarting. Black Mountain College. Art, démocratie, utopie, coédité par le cipM (centre international de poésie Marseille), propose en outre, sur une quarantaine de pages, un remarquable ensemble de lettres rédigées par Charles Olson de 1951 à 1968 et traduites par Éric Giraud et Holly Dye. (Un volume de 196 pages au format 170 x 240 mm, 18 € ; http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=3437)



christian tarting, thèze & santo stefano belbo


26 février 2014

Sur le troisième panneau du triptyque italien de Christian Tarting, Il salto, qu'ont fait paraître à l'automne de 2013 les éditions  Tarabuste (http://www.laboutiquedetarabuste.com/boutique-en-ligne/produits/christian-tarting-il-salto/180), cette précieuse note de Gérard Arseguel publiée par Europe :

« Le saut n’est pas la chute car il acquiesce à sa retombée. Il salto de Christian Tarting déploie aussi cette évidence. Dernier tableau de son triptyque italien après Voci sprecate (Ecbolade, 2009) et Labbra (Tarabuste, 2010), ce poème en trente-sept séquences publié avec leur soin coutumier par les éditions Tarabuste peut être lu comme une phrase unique longuement tenue, comme un solo au plus près du souffle, dans le dépliement d’un sens dont la dérobade est le mode : "le moment / posé au souffle et filant / la voix bercée".

Surgi sans violence d’une antériorité, d’une arrière-histoire dérobée au lecteur, le poème-phrase n’a ni majuscule ni point final et le vers quelquefois réduit au monosyllabe paraît être en déséquilibre et pressé par le blanc qui l’affronte. Il en joue. Tient par la plongée verticale qui le suspend et le relance vers le fond d’une page qui précisément n’en a pas.

Aigu comme une lame, suspendu-aérien comme le plongeur de Paestum, chaque segment – stase d’un moment de la phrase – verticalise son énigme et se rattrape au suivant par le doigté musical. C’est alors la ponctuation et particulièrement le point-virgule qui est en charge de la logique narrative, de la distribution et du croisement des séquences mais aussi du répit un moment donné au vortex qui secoue la phrase.

C’est ce mouvement que le poème paraît vouloir conduire ; avec lequel en tout cas il cherche à rivaliser, quitte à être entraîné lui aussi dans une empathie tourbillonnaire alors qu’il maintient au plus fort de ses secousses le souci de l’exactitude : "… comme / s’il / ne devait rester de souffle / qu’à pousser / sa rage, / exacte" ».

Gérard ArseguelEurope, n° 1019, mars 2014.



antonio prete & danièle robert


3 décembre 2013

 

Le mardi 3 décembre à 18 h 30, à l’invitation de Fortunato Tramuta, Antonio Prete et Danièle Robert présenteront, à la librairie italienne Tour de Babel, les derniers titres de la collection "Stilnovo" : L’Ordre animal des choses et À l’ombre de l’autre langue. Pour un art de la traduction. Traduits par Danièle Robert, ces deux livres de l'un des intellectuels majeurs de la Péninsule, aujourd'hui le premier spécialiste de Leopardi (http://www.altritaliani.net/spip.php?page=article&id_article=1638), viennent affirmer en France la singularité d'une œuvre tout récemment honorée d’un important prix littéraire (http://www.leopardi.it/news.php?k=545). La rencontre sera naturellement suivie d’une signature. (librairie italienne Tour de Babel, 10 rue du Roi-de-Sicile, 75004 Paris ; téléphone : 01 42 77 32 40 ; métro Saint-Paul.) À propos de L'Ordre animal des choses, on pourra lire la note vive, pénétrante, que Gérard Arseguel a confiée à Poezibao en octobre 2013 : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2013/10/note-de-lecture-antonio-prete-lordre-animal-des-choses-par-gérard-arseguel.html)



danièle robert


10 novembre 2013

 

Le 10 novembre 2012, à l’occasion des vingt-neuvièmes Assises de la traduction littéraire en Arles, Danièle Robert recevait le prix Nelly-Sachs – le plus important des prix de traduction en France – pour son édition critique bilingue de l’œuvre poétique complet de Guido Cavalcanti : Rime. Décerné au premier tour de scrutin et à l’unanimité, ce prix non seulement récompensait l’ouvrage publié par les éditions vagabonde quelques mois plus tôt (http://www.vagabonde.net/spip.php?article47) mais encore – selon les déclarations de la présidente du jury, Claire Malroux – venait saluer une œuvre de traductrice et d’éditrice de textes poétiques fondateurs, après le prix Laure-Bataillon classique, obtenu par elle en 2003 pour les Écrits érotiques d’Ovide (Amours, Soins du visage féminin, L’Art d’aimer, Remèdes à l’amour - http://www.actes-sud.fr/catalogue/actes-sud-litterature/ecrits-erotiques) et le prix de traduction de l’Académie française qu’elle a remporté en 2007 pour sa traduction et son édition critique des Epistulae d’Ovide : Lettres d’amour, lettres d’exil (Héroïdes, Tristes, Lettres du Pont - http://www.actes-sud.fr/catalogue/actes-sud-litterature/lettres-damour-lettres-dexil). Un an jour pour jour après la remise de ce prix, Danièle Robert assurera, en Arles toujours et toujours dans le cadre des Assises de la traduction littéraire, un atelier d’italien consacré prioritairement aux questions posées par la traduction d’un poème inédit en français de Michele Tortorici (http://www.altritaliani.net/spip.php?page=article&id_article=1347), Porto di giorni. (Ce poème fait partie du deuxième recueil de l’auteur, Viaggio all’osteria della terra, Manni, 2012 ; il est la clef, au meilleur sens musical, de sa première partie.) Elle ne manquera pas d’évoquer, à propos de ses principes de traduction du texte poétique, dont elle s’est fait une spécialité, sa somme cavalcantienne ainsi que l’essai d’Antonio Prete tout récemment paru dans la collection "Stilnovo", qu’elle dirige : À l’ombre de l’autre langue. Pour un art de la traduction. De Michele Tortorici, "quinariste" et homme de la grâce dans le calcul, les éditions chemin de ronde publieront - naturellement dans une traduction de Danièle Robert - une fiction en 2014 (http://www.mannieditori.it/libro/due-perfetti-sconosciuti). (L’atelier se déroulera au Centre international des Traducteurs littéraires d’Arles, espace Van Gogh, le dimanche 10 novembre de 11 h à 13 h ; pour tout renseignement : 04 90 52 05 50.)



christian tarting


14 octobre 2013

Parution chez Tarabuste, dans la collection "Doute B.A.T.", d'Il salto, de Christian Tarting. Un volume de cinquante-huit pages au format 140 x 215 mm, tiré sur les presses de l'éditeur, vignette de couverture de Djamel Meskache. (http://www.laboutiquedetarabuste.com/boutique-en-ligne/produits/christian-tarting-il-salto/180). (Tarabuste Éditeur, rue du Fort, 36170 Saint-Benoît-du-Sault - téléphone : 02 54 47 66 60 ; télécopie : 02 54 47 67 65.) Il salto est le troisième panneau d’un triptyque "italien" dont les deux premiers, Voci sprecate et Labbra, ont été respectivement publiés – en 2009 et 2010 – par les éditions Ecbolade et Tarabuste. De cet ensemble, Labbra se présente comme la partie centrale et quantitativement la plus importante. Constitué de six laisses (six phrases modulant dans une logique de suite), le livre, "enlacé à la perte", prend place après un long poème de la déchirure, griffé par la guerre et tenu au cœur meurtri, coupé, défait, vivant de la seule question d’un que faire ? : Voci sprecate (ces voix gâchées ces voix perdues, si fortement reprises-comprises par les gravure et frontispice de Jean-Paul Héraud pour l’occasion de la publication). Il salto est sans doute, quant aux deux précédents livres, un texte du ressaisissement. Moins serré, donné comme une longue phrase jouant à épuiser l’image, à la faire suffoquer dans l’idée et la vitesse du perpetuum mobile : il finit sans finir, se lie essentiellement à l’emballement sensuel ; à des questions de tempo, réglées tout au long d’un déroulé où le biographique a sa part – le poème se tient à peu de distance du récit – et qui se voudrait un écho à ces vers de Pasolini : "À peine un pétale arraché il se voit. / Rouge quand il devrait être blanc, / ou blanc quand il devrait être jaune, c’est comme // on veut : et ce pour toute une vie, / qui, fatalement, n’admet qu’une / seule voie, une seule forme." (À propos de Labbra : un très bel article de Pierre Parlant, accueilli en avril 2013 par Poezibao - http://poezibao.typepad.com/poezibao/2013/04/note-de-lecture-christian-tarting-labbra-par-pierre-parlant.html)



mario cavatore


15 avril 2011

À l'invitation de Nadia et Patrick Durigon qui veillent sur Doun (http://www.doun.fr/), beau lieu de l'invention, des formes, des matières et de la sociabilité, les éditions chemin de ronde et Mario Cavatore présenteront, le vendredi 15 avril à 18 h, Le Geste du semeur, roman puissant d'un auteur qui, bien que "débutant tardif", s'est signalé sans discussion dans le paysage littéraire italien par son efficacité narrative, sa maîtrise stylistique mais aussi par la force de son regard (la sûreté dialectique de sa parole) sur l'inacceptable (http://www.monde-diplomatique.fr/1999/10/JOURDAN/12537). La rencontre avec le romancier, qui sait trop, comme ses éditeurs, que tels événements d'hier restent le noir du présent et que la puissance du lien s'éloigne de plus en plus, sera suivie du verre de l'amitié. (Espace Doun - 8, avenue d'Aix, 13840 Rognes ; téléphone : 04 42 50 10 85.)



mario cavatore


14 avril 2011

Accompagné de sa traductrice, Danièle Robert (également directrice de la collection "Stilnovo", où paraît l'ouvrage), Mario Cavatore présentera à l'Institut culturel italien de Marseille, le jeudi 14 avril à 18 h, son premier roman, Il seminatore, qui vient de paraître en français aux éditions chemin de ronde sous le titre Le Geste du semeur et a été initialement publié par Einaudi en 2004. Écrit à cinquante-six ans après de multiples et fortes expériences de vie, Le Geste du semeur est né de la découverte par son auteur, à la lecture d'un article de Laurence Jourdan paru dans Le Monde diplomatique en octobre 1999, du sort réservé en Suisse aux familles tsiganes entre les années 1930 et 1970. Roman choral qui dénonce la violence d’un système fondé sur le refus de s’ouvrir à la différence et sur la volonté d’anéantissement de l’autre, roman conduit comme un thriller, dans un style dépouillé, direct, mais ne gommant rien de la complexité des situations qui l'on fait naître, se refusant à tout manichéisme, Le Geste du semeur nous invite à découvrir le destin de quelques victimes d'un épisode particulièrement douloureux de l'histoire européenne au temps même où, quant à la communauté tsigane, les persécutions n'ont, et loin de là, pas cessé - en France et ailleurs en Europe (http://balkans.blog.lemonde.fr/category/tsiganes/). L'ouvrage est, malheureusement, d'une brûlante actualité. (Institut culturel italien - 6, rue Fernand-Pauriol, 13005 Marseille ; téléphone : 04 91 48 51 94 -  http://www.iicmarsiglia.esteri.it/IIC_Marsiglia)



laure donnat, lilian bencini & danièle robert


8 avril 2011

Le vendredi 8 avril à 19 h, à la bibliothèque municipale de Salon-de-Provence, la chanteuse Laure Donnat et le contrebassiste Lilian Bencini donneront leur spectacle consacré à Billie Holiday, Billie's Blues. Le duo sera pour l'occasion accompagné par Danièle Robert, qui lira des extraits de son essai, Les Chants de l'aube de Lady Day. Publié par Le temps qu'il fait en 1993 et aujourd'hui épuisé, celui-ci doit faire l'objet d'une réédition dans la collection "Birdland" des éditions chemin de ronde. (Bibliothèque de Salon-de-Provence, boulevard Aristide-Briand ; tél; : 04 90 56 74 16 - http://www.bibliotheque.salon-de-provence.fr/) Laure Donnat et Lilian Bencini se produiront également, sans Danièle Robert ces fois-ci, le 12 avril à 18 h à la médiathèque de Saint-Chamas (04 90 44 52 44), le 13 avril à la salle des fêtes de Lamanon (04 90 59 54 62) et le 28 avril à 21 h au jazz-club de Grenoble, structure historique de la musique improvisée en France (06 32 68 05 97 - http://www.jazzclubdegrenoble.fr). God bless the lovely artists !  http://www.lauredonnat.com/Laure_Donnat/Biographie.html



christian tarting


2 avril 2011

Parution chez Tarabuste, dans la collection "Doute B.A.T.", de Labbra, de Christian Tarting. Un volume de cent vingt pages au format 140 x 215 mm, tiré sur les presses de l'éditeur, vignette de couverture de Djamel Meskache : 11 €. (Tarabuste Éditeur, rue du Fort, 36170 Saint-Benoît-du-Sault - téléphone : 02 54 47 66 60 ; télécopie : 02 54 47 67 65.) "J'embrassais le oui et le non de ses lèvres." (Tommaso Landolfi.) 

« Septième livre de poésie de Christian Tarting, Labbra, si joliment réalisé par les éditions Tarabuste, est le panneau central d’un triptyque dont le premier volet, Voci sprecate, a été publié en 2009 chez Ecbolade. Restera à lire, bientôt sans doute, Il salto, encore inédit, pour que la perspective italienne soit complète.

Six phrases - séquences accrochées à la verticale de la page, égrenées doigt à doigt comme à la pratique des komboloi, jamais arrêtées par l’arbitraire du point mais suspendues à la seule énergie du souffle, architecturent l’espace du livre. Six suites, tout comme (mais est-ce arcane ?) le nombre des lettres de Labbra une à une épelées ; chacune semble proposer une élégante et subtile variation - compris bien entendu le sens mallarméen du terme - du poème de Roger Giroux placé en exergue du livre, lumière de la musique et musique de la lumière, longue extension vibratoire de son écho augural.

Tenue serrée dans une économie austère, la petite batterie des mots (la peau, le papier, la lumière), roulée et déplacée par un jeu de la répétition plus scénique que musicale (la frise litanique pourtant entoure tout le livre), fait apparaître et résonner dans le justaucorps de l’expression la vrille sourde d’une frappe à même la pensée : la réception accélérée, le coup de grisou du vers, les syncopes du sens en sont à la fois les produits et les témoins : "c’est le cri d’écouter là / le doigt collé / aux peaux lointaines".

La ponctuation à l’intérieur du poème maintient de façon claire l’ordre de la phrase, alors que c’est à l’éclat, aux menus d’un temps bref que le vers est dévoué. Lumineuse et sobre, minutieusement articulée sur la logique organique, la forme poétique de Christian Tarting a parfois la matité et la résistance chitineuse de quelque carapace. Raison de plus pour faire glisser la lecture entre les plis, à la jointure des vers, où le fugitif (sa grâce vive) se découvre." ("d’un sursaut / un retour comme / sauvant / le moment-insecte / du regard".) »

Gérard ArseguelEurope, n° 986-987, juillet-août 2011.



michele tortorici & danièle robert


20 novembre 2010

À l'occasion de la douzième édition de Scrittorincittà (Cuneo, du 18 au 21 novembre 2010), Danièle Robert présentera le 20 novembre à 17 h 30, au Circolo 'L Caprissi (piazza Boves, 3), sa traduction de La Pensée prise au piège (tout récemment publiée par les éditions vagabonde) en compagnie de Michele Tortorici. Une lecture bilingue par l'auteur et sa traductrice s'ensuivra, ainsi qu'une signature de l'ouvrage et du dernier recueil de Tortorici, Versi inutili e  altre inutilità (Edicit, 2010). La rencontre, organisée par l'Alliance française de Cuneo, sera introduite par Christian Tarting et s'achèvera sur un apéritif. Ingresso libero ! (Renseignements : Alliance française, viale Angeli, 24 - 12100, Cuneo, Italia ; alliance@multiwire.net)

http://www.scrittorincitta.it/italian/index.php

http://www.micheletortorici.it/blog/



antonio prete


12 septembre 2013

Antonio Prete est le lauréat du septième prix La Ginestra (http://www.leopardi.it/news.php?k=545). http://www.leopardi.it/news.php?k=545



danièle robert


27 septembre 2010

Danièle Robert vient de voir paraître en édition bilingue, aux éditions vagabonde (diffusion-distribution Vrin), sa traduction de La Pensée prise au piège, recueil du poète et critique italien Michele Tortorici qu'elle a également préfacé. (Un volume de 168 pages au format 115 x 185 mm, 12 € ; http://www.vagabonde.net/)

 

« Comme le fin liseré de son tracé noyé dans le bleu cobalt de la couverture, l’île de Favignana, à l’ouest de la Sicile, où le poète est né et dans laquelle il conserve une petite maison familiale, refuge et ressource pour les brûlantes journées d’été, sous-tend et illumine de sa tutélaire présence l’ensemble du beau recueil que Danièle Robert préface et traduit avec le bonheur que procure une lumineuse empathie.

Premier livre de poésie de Michele Tortorici, La Pensée prise au piège, publié en 2008 en Italie, est, on le voit, prestement proposé au lecteur français en édition bilingue sans doute par la contagion de son évidente grâce poétique. On retrouve dans ses poèmes, souvent adressés au petit cortège des amis proches, le ton miraculeusement maintenu dans la poésie italienne du tutoiement intime avec le monde où les méditations les plus graves ont le visage familier des choses simples.

"Te rappelles-tu le bout du sentier gelé et le long détour / Que nous a permis le bois – escarpé labyrinthique en à pic / Entre les racines des sapins pour de constants / Retours obligés – et moi qui cassais des branches pour laisser / Des traces de notre passage et nos empreintes / Sur la neige et l’odeur de la mousse peu à peu / Devenue saveur et descendue dans ma gorge telle une larme / Ravalée…"

Entre les espaces contrastés des villes où le poète travaille (Rome, Bologne, Turin) et celui édénique et rugueux de l’île natale – entre deux qui est aussi un marqueur de l’exil – le poème de Tortorici progresse sur le mode escarpé d’une pensée soucieuse de garder l’équilibre alors qu’elle paraît fatalement entraînée, par de larges poussées concentriques du plus humble au plus élevé, du plus proche au plus lointain. S’il y a tout au long du livre – Danièle Robert le met clairement en évidence dans sa préface – une angoisse de la chute et de la perte, il y a, tout aussi intense, le souci de s’en prémunir en confiant aux traces laissées, sinon la possibilité hypothétique d’un retour, du moins la marque fragile d’un passage. C’est une des deux leçons données par les chemins de l’île, et l’autre, c’est le regard fraternel porté sur "ces plantes grêles et poudreuses qui s'enracinent dans des fissures si étroites que leur patience est infinie". C’est dans l’énergie sourde de cette patience que semble avoir été écrit chaque  poème au point qu’il paraît fondre sur la page de beaucoup plus loin  que de la majuscule qui l’inaugure.

Sans cesse relancée par la recherche d’un surcroît d’exactitude, mais rendue abrupte par une conduite du vers qui prend appui sur le tracé d’un pensée qui assiste à son émergence, la phrase poétique de Michele Tortorici a, dans sa verticalité sinueuse, quelque chose de saisissant. Mais plus que de sa virtuosité technique, le charme profond du livre vient de l’amère et virile tendresse d’une voix qui rappelle celles, toujours si proches et si nécessaires, d’Umberto Saba et d’Ungaretti. »

Gerard Arseguel, Europe, n° 985, mai 2011.



christian tarting


17 septembre 2009

Parution aux éditions Ecbolade, fondées en 1974 et dirigées par le poète, peintre et, selon sa belle expression, "fabricant de livres" Alin Anseeuw, de Voci sprecate, de Christian Tarting. Un volume de quarante pages au format 170 x 240 mm, composé à la main par l'éditeur, tiré sur ses presses et illustré par Jean-Paul Héraud : 12 €. L'un des quinze exemplaires de tête, comportant une gravure de l'artiste : 75 €. (Ecbolade, 1 boulevard Maistre, 62290 Nœux-les-Mines - ecbolade@voila.fr)

Que peut la voix contre les marques et l’indomptable du temps ? Que préserve-t-elle de ce qui bute, en nous, contre la part obscure de lendemains désacralisés et muets, contre une histoire qui est aussi celle du rien mais qui seule pourrait lui rendre, par un hypothétique espoir, un sens peut-être ? Ou un semblant de plein ? “Nous sommes en lutte avec le langage !” Ici, dans ces Voci sprecate, la question de la langue, qui est aussi celle de la voix, ne se distingue pas de tout ce qui fait bruit, et même de ce qui fait politiquement bruit pour qui sait entendre. “Qu’un / timbre se brise, c’est / peut-être ainsi / que les temps parlent.” Les temps, en effet – plus que le temps –, ceux qui pétrissent nos désirs communs et nos cimetières, se disent et s’épuisent dans la brisure de la voix, jusque dans ses bégaiements : “Son cassé contre / pâture des langues, la peau a fait / ses litières et souvent / bégaie jusqu’à sa vie attendue l’enterre / sans couleurs.”

Ces voix sont-elles celles de ce qu’Aldo Gargani appelait significativement une altra storia, qu’on pourrait aussi nommer une infra-histoire ; ce qu’elles renferment d’intérieur ou d’intériorité s’y mêle indistinctement, physiquement, au monde ou à la langue, comme on voudra, son seul recours pourtant déchiré, comme les élans qui nous y poussent, singulièrement minés du désir de “porter le sens au bord des forces”. La voix n’est que trop souvent grandiloquente et par conséquent inaudible, caricature de nos dérisoires pouvoirs ou plainte pathétique d’un objet absent. Les “voix pauvres”, celles de cette “autre” histoire, y existent “en creux”, dans les anfractuosités et les cassures des temps, comme une “chance gagnée dans le rien”.

Jean-Pierre Cometti, CCP/Cahier critique de poésie, n° 20, octobre 2010.