Deux parfaits inconnus

Michele Tortorici

Odetta, Romaine d’âge mûr qui, ancienne libraire, loue une partie de son appartement du quartier San Lorenzo à des étudiants, se livre, dans cette première fiction de Michele Tortorici, à deux longues conversations : d’abord avec un électricien venu effectuer une réparation à son domicile entre midi et deux puis avec un nouveau locataire, arrivant ce même après-midi d’un dimanche d’hiver.

Dialogues ? Pas vraiment car elle est seule à parler : une loghorrée où elle passe du coq à l’âne et dont elle renoue les fils avec une parfaite maestria. Monologues ? Pas vraiment non plus : ses phrases laissent constamment deviner les réponses de ses interlocuteurs ainsi que leurs gestes ou mimiques.

Sûre d’elle, ne redoutant ni sujet leste ni confession intime, l’intarissable logeuse est dotée d’une vaste culture embrassant les moindres répliques de Totò, le football, la linguistique,  l’œuvre de Dante – qu’elle peut citer de tête et commenter –, la philosophie, l’économie, bien sûr la politique, etc. Un savoureux pêle-mêle de cocasseries, réflexions fines, jugements à l’emporte-pièce et, surprenantes pour les deux « parfaits inconnus » qu’elle a en face d’elle à tour de rôle, confidences sur sa vie privée – celles-ci livrant à la fin un étonnant secret.

Texte d’un allant continuel, tout d’humour et d’écoute et qui parfois n'est pas sans rappeler Au but, l'une des grandes pièces de Thomas Bernhard, Deux parfaits inconnus met en scène, littéralement, ce personnage remarquablement vivant et complexe qu’est Odetta et, par sa virtuosité narrative, sait faire du lecteur un autre interlocuteur – le troisième, comme caché mais non le moindre. 

  • un volume de 96 pages au format 135 x 185 mm
  • traduit de l'italien par Danièle Robert
  • dessin de couverture de Catherine Chevolleau
  • novembre 2014
  • ISBN 978-2-905357-10-6
  • 11 €
À ce propos

À l'ombre de l'autre langue. Pour un art de la traduction

Antonio Prete

 

Fruit d’une rencontre privilégiée entre deux langues, deux histoires propres, deux sensibilités, la traduction a pour but, par les vertus d’hospitalité, d’écoute, d’imitation, de musicalité, d’imagination, de transposition, non de pâlement copier le texte original — bien qu’elle prenne corps à son ombre — mais d’opérer sa pleine et entière métamorphose. Elle est ainsi la meilleure interprétation que l’on puisse donner d’une œuvre littéraire, le plus bel hommage rendu à sa force et un véritable acte de création.

C’est ici ce que développe Antonio Prete, à la lumière d’abord de Leopardi et de Baudelaire, auxquels il associe dans ses réflexions sur l’acte de traduire d’autres écrivains : Cervantes, Borges, mais aussi Mallarmé, Rilke, Jabès, Bonnefoy (qu’il a traduits) et Benjamin.

Dans À l’ombre de l’autre langue son propos n’est pas tant de proposer une théorie du traduire que d’interroger, du point de vue du poète, prosateur, exégète et praticien fervent de la traduction qu’il est lui-même, la relation intime qui s’établit entre un traducteur et un auteur et ce qui se joue alors ; ce qui lui fait dire : « Traduire un texte poétique a la même intensité qu’une expérience amoureuse. »

  • un volume de 128 pages au format 135 x 185 mm
  • traduit de l'italien par Danièle Robert
  • dessin original de couverture de Catherine Chevolleau
  • août 2013
  • ISBN 978-2-905357-08-3
  • 14 €
À ce propos

L'Ordre animal des choses

Antonio Prete

 

L’ordre animal des choses est caché dans les plis du pouvoir humain sur le monde. Ouvert à la mémoire et à l’imaginaire, il est son contrepoint secret, et comme innocent :sans le moi, habité par le silence des origines, dont les hommes sont exilés. Maintenant intacte la force initiale de la présence, il fait se croiser des animaux réels, mythiques, fantastiques, et quelques humains.

Dans les récits qui composent L’Ordre animal des choses Antonio Prete nous invite à parcourir un univers parallèle à celui qui pour la plupart d’entre nous est seul à exister. Univers où les repères soudain sont perdus — les certitudes abolies, les points de vue modifiés. Il revient là au cœur des thèmes qui parcourent son œuvre, fondent sa réflexion : le sentiment d’étrangeté, d’éloignement, la nostalgie (celle d’abord d’une pureté perdue), la frontière entre nature et culture, la relation entre l’animal et l’humain, ses porosités — la clé de voûte de l’ensemble étant le langage, véritable instrument de métamorphose.

Passant de la gravité à la légèreté, de la mélancolie à l’humour, sa phrase incarne cette mise en crise d’un monde sûr de son pouvoir dont elle redessine les contours grâce au regard porté sur lui par des êtres qui parlent une autre langue. Labile, inventive, elle offre une fresque subtile, toute de correspondances, dont la contemplation nourrit les parts les plus rêveuses de notre esprit.

  • un volume de 96 pages au format 135 x 185 mm
  • traduit de l'italien par Danièle Robert
  • dessin original de couverture de Catherine Chevolleau
  • septembre 2013
  • ISBN 978-2-905357-07-6
  • 11 €
À ce propos

Le Geste du semeur

Mario Cavatore

 

À partir d’événements qui se sont produits avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, Mario Cavatore a construit une fiction mettant en scène un personnage emblématique, Lubo Reinhardt, Tsigane et citoyen suisse dont la femme a été assassinée et les deux enfants enlevés pour être placés dans un établissement censé donner aux petits tsiganes une éducation « correcte ». L’Œuvre de bienfaisance “Pro Juventute” et son corollaire, “Kinder der Landstrasse”, ont agi ainsi en toute légalité dès l’année 1926 et des milliers d’enfants ont été arrachés à leurs familles puis déportés dans des centres ou des familles « d’accueil » sans jamais revoir leurs parents. Avec, bien sûr, la pleine approbation de l’Allemagne nazie.

Reinhardt décide de faire pièce à cette ignominie de façon particulière : on lui a pris ses deux enfants, il va séduire le plus grand nombre de femmes croisant sa route et donner naissance au plus grand nombre possible d’enfants. Ainsi, en chacun d’eux coulera du sang tsigane et sa communauté, sa culture ne seront pas anéanties.

Le roman se déroule sur près de trente années et, après le premier geste de Lubo, suit le destin de l’un de ses fils, Hugo, autour duquel évoluent sa mère, son demi‑frère, Hans, et plusieurs figures secondaires mais très importantes, campées avec une maîtrise avérée du portrait et du dialogue. Le narrateur, après une première partie qui pose l’intrigue et la traite sur le mode du roman policier, laisse la parole à Hans qui, à son tour, la laissera, sous forme de lettre, à Hugo : deux confessions, deux témoignages déchirants de frères victimes d’une violence qui les a traversés et les dépasse tous deux.

Mario Cavatore donne, avec Le Geste du semeur – son premier livre, écrit à cinquante-six ans –, un roman d’une précision et d’un suspense implacables ; un texte sobre, direct, jamais ne versant dans le pathos ou le manichéisme. Erri De Luca a salué, dès sa sortie, la force narrative et le sens de l’humain, au sein même de la protestation, de son auteur, dont il a rapproché le style de celui de Leonardo Sciascia. « Je tombe une ou deux fois par an sur un livre à recommander à un ami. Aujourd’hui, c’est sur Il seminatore, de Mario Cavatore. » L’ouvrage a remporté le prix du Premier Roman 2004 en Italie.

  • un volume de 128 pages au format 135 x 185 mm
  • traduit de l'italien par Danièle Robert
  • dessin original de couverture de Catherine Chevolleau
  • mars 2011
  • ISBN 978-2-905357-04-5
  • 12 €
À ce propos